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La viande, superprédatrice des forêts

C’est ce que confirme l’«Atlas de la viande» publié fin février par la Fondation Heinrich-Böll et les Amis de la Terre. En cause : «la production et la surconsommation de viande industrielle qui saccagent la planète »

Forêt reserve

Parmi ses nombreux effets délétères, la production intensive de viande est en effet à l’origine de la destruction massive du couvert forestier mondial, notamment Sud Américain.

Deux raisons à cela :

1) le besoin croissant de pâturages pour élever le bétail, et répondre à la demande exponentielle de viande bovine par les nouvelles classes moyennes des pays émergents

Libération, dans un article sur ce sujet de mars 2015 relève que « le parcage des animaux d’élevage nécessite d’énormes surfaces de terre: plus de 172 millions d’hectares, soit 70% des terres agricoles du Brésil. Et 62,2% des terres déboisées deviennent des pâturages pour le bétail. Entre 1975 et 2006, le volume des terres de pâturage a augmenté de 518% », dont une grande partie au détriment des forêts.

2) La nécessité de produire massivement et à bas coût l’alimentation de ce bétail, grâce à des monocultures de soja – souvent OGM – sur des terres où s’épanouissent les forêts primaires

70% des terres agricoles sont désormais destinées à des cultures pour l’alimentation animale, exportées massivement au profit du bétail européen et américain.
Résultat : selon Libération, « le deuxième cheptel bovin et la plus grande forêt tropicale au monde se rencontrent dans la région amazonienne du Brésil. Fin 2012, le nombre de bovins (211 300 000) y était supérieur à celui de la population brésilienne (201 millions d’habitants) ». 80 % de l’écosystème du Cerrado d’Amérique du Sud ont été urbanisés ou convertis en surfaces cultivées notamment via le recours à l’agriculture sur brûlis. Une enquête menée par Greenpeace et publiée en 2009 montre que l’élevage bovin brésilien est responsable de 80 % de la déforestation de l’Amazonie.
«En dix ans, ce sont 10 millions d’hectares de forêts qui sont parties en fumée pour laisser brouter 200 millions de bovins, ce qui fait du géant sud-américain un des champions (le quatrième) d’émissions de gaz à effet de serre de la planète (…) Sur-pâturés, ces terrains perdent leur capacité à supporter la production animale, ce qui rend nécessaire davantage d’expansion agricole. La déforestation due à l’élevage est une des principales raisons de la perte d’espèces végétales et animales dans les forêts tropicales. En 2008, 20 % des zones forestières initiales d’Amérique centrale et 38 % de l’Amazonie ont été abattus pour l’élevage des bovins », dénonce Agnès Stienne dans le Monde Diplomatique en 2012.
La FAO confirme que « la production extensive de bétail est l’un des principaux agents de la destruction des forêts tropicales d’Amérique Latine, ce qui provoque des dégâts environnementaux considérables dans la région, et que 90 % de la déforestation était due à des pratiques agricoles non durables ».
Et qui dit déforestation massive dit altération de la ressource en eau, appauvrissement et érosion des sols, pertes massives en biodiversité (80% de la biodiversité mondiale est abritée par les forêts), destruction du mode de vie et des savoir-faire des populations locales, notamment les petits producteurs … et contribution marquée aux émissions de GES : celles générées par l’élevage (18% des émissions totales d’après la FAO), sont désormais supérieures à celles émises par les moyens de transport. Selon les Nations Unies, « la déforestation induite par l’élevage est l’une des principales causes de la perte de certaines espèces animales et végétales uniques dans les forêts tropicales d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud, ainsi que de la libération de carbone dans l’atmosphère. ». Bref, une dégradation généralisée des environnements et des sociétés humaines.

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