La souveraineté alimentaire en temps de coronavirus

Le Pérou a débuté la phase de quarantaine le 16 mars et depuis lors, la population de Pichanaki s’est conformée presque strictement, au moins pendant les 60 premiers jours, à la réglementation gouvernementale.

Contrairement à d’autres régions du Pérou, et bien qu’elle soit la ville la plus importante de la Selva Central, en raison du plus grand mouvement économique de la région, elle n’a pas succombé aux problèmes typiques des grandes villes: pénuries alimentaires et hausse des prix dues à la spéculation. Cette situation répond à plusieurs facteurs, parmi lesquels le fait que Pichanaki est relativement proche de zones telles que la vallée de Mantaro et Tarma; les principaux fournisseurs de légumes de Lima et du centre du pays. Cependant, le facteur peut-être le plus intéressant est que Pichanaki se caractérise par une forte population rurale et qu’un bon pourcentage se consacre à l’agriculture.

Il est assez fréquent de trouver à Pichanaki, des gens de la ville avec un lien fort avec la zone rurale, soit parce qu’ils ont une ferme, soit parce qu’un membre de la famille en a une. Ce fait a permis à beaucoup de gens, pendant la quarantaine, de passer ce temps dans une ferme, sans trop dépendre de l’approvisionnement de la ville, de plus cela coïncidait avec la saison de récolte du café.

À l’exception des personnes (principalement des entreprises) qui louent des terres pour la culture intensive de gingembre et d’ananas, les agriculteurs de Pichanaki et de la Selva Central ont généralement, en plus de leur principale culture, d’autres produits à un moindre degré. Cela leur permet sinon de les commercialiser sur le marché local, au moins de diversifier leur régime alimentaire, et d’atténuer la dépendance à l’égard des marchés et de la réglementation auxquels ils sont soumis. Une famille agricole type, bien qu’étant considérée comme de l’agriculture familiale avec en moyenne de 5 hectares, a sur sa parcelle en plus de la principale culture commerciale, qui est généralement du café, d’autres tels que: agrume, achiote, gingembre, curcuma, haricot vert, maïs, magnoc, pituca, banane, avocat, papaye, des arbres fruitiers natifs tels que l’anone, la granadilla, la cocona, le quito quito et les palmiers (qui en plus de profiter des fruits, ont des bourgeons et des larves qui nichent généralement dans les troncs, consommables). Aussi, près de la maison, ils auront toujours des légumes natifs ou non, par exemple, il est assez courant de trouver des tomates, des courges, des plantes aromatiques, des piments, etc. … Ces aliments sont incorporés dans l’alimentation quotidienne, et à cela s’ajoutent des animaux en liberté tels que des poulets et des cochons d’inde, que l’on voit généralement dans les maisons des familles, en raison de la pénurie d’animaux sauvages (produit de la déforestation), et de l’interdiction de chasse.

Qu’ils soient indigènes ou colons, il y a un intérêt commun à collecter, conserver et pourquoi pas, reproduire les fruits et légumes natifs, ainsi qu’à cultiver des légumes dans des espaces proches des maisons, ce que l’on pourrait appeler des « jardins familiaux », reprenant ainsi des pratiques ancestrales et promouvoir sans le savoir la conservation et la souveraineté alimentaires.

On pourrait donc dire que cette crise représente une opportunité de réévaluer la souveraineté alimentaire et l’importance de l’entretien des jardins familiaux …