{"id":37118,"date":"2015-11-28T12:26:25","date_gmt":"2015-11-28T11:26:25","guid":{"rendered":"https:\/\/bylandry.com\/envert-v2\/unclassified\/2015\/11\/les-mille-visages-de-lamazonie\/"},"modified":"2021-03-21T21:55:20","modified_gmt":"2021-03-21T20:55:20","slug":"les-mille-visages-de-lamazonie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/envol-vert.org\/en\/news\/2015\/11\/les-mille-visages-de-lamazonie\/","title":{"rendered":"Les mille visages de l&#8217;Amazonie"},"content":{"rendered":"<div class=\"fusion-fullwidth fullwidth-box fusion-builder-row-1 nonhundred-percent-fullwidth non-hundred-percent-height-scrolling\" style=\"--awb-border-radius-top-left:0px;--awb-border-radius-top-right:0px;--awb-border-radius-bottom-right:0px;--awb-border-radius-bottom-left:0px;--awb-flex-wrap:wrap;\" ><div class=\"fusion-builder-row fusion-row\"><div class=\"fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-0 fusion_builder_column_1_1 1_1 fusion-one-full fusion-column-first fusion-column-last\" style=\"--awb-bg-size:cover;--awb-margin-bottom:0px;\"><div class=\"fusion-column-wrapper fusion-flex-column-wrapper-legacy\"><div class=\"fusion-text fusion-text-1\"><p><strong><span style=\"color: #008000;\">Brandie bien malgr\u00e9 elle comme un symbole de virginit\u00e9 et d\u2019abondance, l\u2019Amazonie a m\u00eame \u00e9t\u00e9 affubl\u00e9e de la lourde responsabilit\u00e9 de \u201cpoumon de la plan\u00e8te\u201d. A l\u2019approche du grand sommet sur le climat, la COP 21, une petite mise au point s\u2019impose sur la plus grande for\u00eat tropicale du monde. D\u00e9couvrez cet article publi\u00e9 sur le site du<\/span> Troisi\u00e8me Baobab.<\/strong><\/p>\n<h3>1541 : la d\u00e9couverte de l\u2019Amazonie<\/h3>\n<p>Une exp\u00e9dition espagnole ordonn\u00e9e par les fr\u00e8res Pizarro descend le cours d\u2019un grand fleuve depuis la Cordill\u00e8re des Andes au P\u00e9rou jusqu\u2019\u00e0 l\u2019oc\u00e9an Atlantique \u00e0 la recherche d\u2019une \u00e9pice aussi pr\u00e9cieuse que l\u2019or : la cannelle. Men\u00e9s par Francisco de Orellana, les Conquistadors ne trouvent pas de cannelle mais d\u00e9couvrent<b> <\/b><strong>une for\u00eat gigantesque, peupl\u00e9e de cr\u00e9atures inconnues, de plantes exotiques et d\u2019\u00eatres qui sont tr\u00e8s vite associ\u00e9s aux guerri\u00e8res Amazones<\/strong>, filles d\u2019Ar\u00e8s et de la nymphe Harmonie dont parlent les po\u00e8mes d\u2019Hom\u00e8re. Les Conquistadors situent l\u00e0 ce royaume mythique dont le monde occidental r\u00eave depuis l\u2019Antiquit\u00e9, dans cet espace amphibie o\u00f9 l\u2019exub\u00e9rance v\u00e9g\u00e9tale et animale fascine autant qu\u2019elle inqui\u00e8te. Bien plus encore, le r\u00e9cit de l\u2019exp\u00e9dition r\u00e9dig\u00e9 par Gaspar de Carvajal d\u00e9crit un rituel des plus \u00e9tranges durant lequel un Roi Indien se baignerait dans le lac Parim\u00e9 pour en ressortir couvert d\u2019or\u2026 <strong>La l\u00e9gende de l\u2019El Dorado prend forme<\/strong>. Par la suite, cette for\u00eat aux contours incertains est baptis\u00e9e du <strong>nom du mythe qu\u2019elle \u00e9voque.<\/strong><\/p>\n<p>Ainsi est d\u00e9couverte<b> <\/b><strong>la plus grande for\u00eat tropicale du monde.<\/strong> Aux yeux de l\u2019Europe,<b> <\/b><strong>l\u2019Amazonie \u00ab na\u00eet \u00bb mythique<\/strong>. La densit\u00e9 de la v\u00e9g\u00e9tation, ainsi que les conditions climatiques, emp\u00eache cependant son int\u00e9gration aux territoires colonis\u00e9s des Empires europ\u00e9ens qui se mettent en place sur le continent aux XVI\u00e8me et XVII\u00e8me si\u00e8cle, puis aux Etats ind\u00e9pendants par la suite. Pendant les quatre si\u00e8cles qui suivent sa d\u00e9couverte, l\u2019Amazonie reste ce <strong>\u00ab non-\u00eatre g\u00e9ographique \u00bb<\/strong>, ce blanc de la carte marginalis\u00e9, alors qu\u2019elle est au c\u0153ur du continent. Mais combien d\u2019exp\u00e9ditions de missionnaires, de commer\u00e7ants, de soldats, tentent de percer ses secrets, alimentant les <strong>fantasmes<\/strong><b> <\/b>et consolidant les<b> <\/b><strong>mythes \u00e9mergents<\/strong> ? La for\u00eat est une <strong>promesse de richesses in\u00e9puisables et de glorieuses conqu\u00eates<\/strong>. Et les histoires rapport\u00e9es par ces explorateurs f\u00e9condent l\u2019imaginaire des Europ\u00e9ens, finissant par fa\u00e7onner une <strong>Amazonie tant\u00f4t \u00ab Paradis Perdu \u00bb, tant\u00f4t \u00ab Enfer Vert \u00bb.<\/strong><\/p>\n<p>Certes, la for\u00eat amazonienne a toujours suscit\u00e9 de nombreux mythes, des cosmologies indiennes aux l\u00e9gendes du monde occidental, du mythe de la for\u00eat vierge inhabit\u00e9e au fameux mirage moderne du \u00ab poumon de la plan\u00e8te \u00bb. Autant de fantasmes qui, en <b>figeant l\u2019image de la for\u00eat<\/b> dans les esprits, <b>attisent les convoitises<\/b> et <b>cristallisent les enjeux<\/b> autour de son avenir. Et, paradoxalement, en se faisant, ces mythes ont contribu\u00e9 \u00e0 <b>forger l\u2019Amazonie<\/b> telle que nous la connaissons aujourd\u2019hui tout en niant son essence m\u00eame : <b>une extr\u00eame fragilit\u00e9 et une grande complexit\u00e9.<\/b><b><\/b><\/p>\n<h3>L\u2019El dorado dont parlent les l\u00e9gendes\u2026<\/h3>\n<p>Arr\u00eatons-nous quelques instants sur le mythe de <strong>\u00ab l\u2019El dorado \u00bb<\/strong><b> <\/b>qui illustre bien ce <strong>curieux paradoxe<\/strong>. Comme tout mythe, il est une <strong>construction complexe<\/strong> de l\u2019esprit imbriquant<b> <\/b><strong>faits r\u00e9els et imaginaires,<\/strong> \u00e9vocations traditionnelles et l\u00e9gendes, d\u00e9voilant les aspirations collectives et les besoins m\u00e9taphysiques de l\u2019Homme. En r\u00e9alit\u00e9, les Conquistadors sont t\u00e9moins d\u2019une c\u00e9r\u00e9monie d\u2019intronisation du Roi des Indiens Chibcha, une communaut\u00e9 vivant en Amazonie colombienne. Durant la c\u00e9r\u00e9monie, le futur monarque est bien recouvert de poudre d\u2019or afin d\u2019incarner le soleil. Tandis que le Roi s\u2019immerge dans un cours d\u2019eau, les membres de la communaut\u00e9 jettent des objets en or, dont plusieurs ont \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9s dans le lac Guatavita et sont expos\u00e9s aujourd\u2019hui au Mus\u00e9e de l\u2019Or de Bogota.<\/p>\n<p>Mais les r\u00e9cits de ce rituel \u00e9voquent \u00e9galement dans l\u2019esprit des Europ\u00e9ens les fameuses \u00ab Cit\u00e9s d\u2019or \u00bb, ces pagodes aux toits d\u2019or situ\u00e9s en Birmanie dont parlent les r\u00e9cits de Marco Polo. La <strong>confusion<\/strong><b> <\/b>est rapidement faite, et les exp\u00e9ditions se multiplient pour partir \u00e0 la recherche d\u2019une <strong>civilisation faite d\u2019or, perdue au fin fond de la for\u00eat<\/strong>, rappelant les heures de gloire de la conqu\u00eate de l\u2019Empire Inca et des monceaux d\u2019or arrach\u00e9s aux Indiens. Ces derniers eux-m\u00eames commencent \u00e0 colporter la rumeur, l\u2019amplifiant, indiquant aux aventuriers des endroits inexplor\u00e9s afin de r\u00e9chapper \u00e0 la conqu\u00eate, les poussant \u00e0 se perdre toujours plus loin dans la moiteur de la for\u00eat tropicale.<b> <\/b><strong>L\u2019avidit\u00e9 et l\u2019ignorance se transforment en fi\u00e8vre de l\u2019or.<\/strong><\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les faibles quantit\u00e9s trouv\u00e9es au XVI\u00e8me si\u00e8cle et au XVIII\u00e8me si\u00e8cle dans les r\u00e9gions du Mato Grosso, du Goi\u00e1s et du Maranh\u00e3o au Br\u00e9sil, <strong>le mythe de l\u2019Eldorado colle \u00e0 l\u2019Amazonie<\/strong>. Aujourd\u2019hui, les hommes et les Etats continuent d\u2019\u00eatre convaincus qu\u2019elle contiendrait des <strong>gisements inexploit\u00e9s.<\/strong><b><\/b><\/p>\n<p>L\u00e0 encore, le mythe s\u2019inspire de la r\u00e9alit\u00e9. <strong>L\u2019Amazonie a quelque chose de \u00ab l\u2019El dorado \u00bb, elle est le territoire de tous les superlatifs.<\/strong> Couvrant environ 7,3 millions de km2, elle traverse neuf pays (la Bolivie, le Br\u00e9sil, la Colombie, l\u2019\u00c9quateur, le P\u00e9rou, la Guyane, la Guyane fran\u00e7aise, le Surinam et le Venezuela) et renferme en son sein <strong>la plus grande r\u00e9serve d\u2019eau douce et de biodiversit\u00e9 de la plan\u00e8te.<\/strong> 300 esp\u00e8ces de mammif\u00e8res, 1000 esp\u00e8ces d\u2019oiseaux, 2000 de poissons, 60 000 de plantes sup\u00e9rieures, 2 500 000 d\u2019insectes\u2026 Oui, l\u2019Amazonie a tous <strong>les apparats de la richesse<\/strong>, et devant tant d\u2019exub\u00e9rance, c\u2019est en toute confiance que les prospecteurs et industriels ont continu\u00e9 au fil des si\u00e8cles \u00e0 tenter leur chance, \u00e0 fouiller ses sols \u00e0 la recherche d\u2019or et d\u2019autres m\u00e9taux pr\u00e9cieux, retournant les sols et d\u00e9figurant la for\u00eat. Mais ce n\u2019est qu\u2019en 1950 que les premi\u00e8res fouilles font \u00e9tat de la pr\u00e9sence en grande quantit\u00e9 de cuivre, de nickel, de fer, et bien s\u00fbr, d\u2019or : \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970, <strong>une nouvelle ru\u00e9e \u00e9branle l\u2019Amazonie<\/strong>. Pr\u00e8s d\u2019un million de petits mineurs, d\u2019orpailleurs aussi nomm\u00e9s <em>garimpeiros,<\/em> se lancent dans la prospection de la c\u00e9l\u00e8bre<b> <\/b>mine de Serra Pelada dans l\u2019Etat du Para au Br\u00e9sil.<\/p>\n<p>Sachant qu\u2019il faut d\u00e9placer en moyenne un m\u00e8tre cube de terre pour tenter de trouver 2 grammes d\u2019or, les d\u00e9g\u00e2ts sur la for\u00eat et ses sols sont d\u2019une ampleur inimaginable. Le milieu naturel subit une <strong>transformation profonde<\/strong>, si ce n\u2019est pas irr\u00e9versible : arbres d\u00e9racin\u00e9s, sols retourn\u00e9s, eau contamin\u00e9e au mercure, invasion des r\u00e9serves indiennes, maladies apport\u00e9es par l\u2019arriv\u00e9e massive d\u2019une population fluctuante, contrebande, d\u00e9veloppement de petites villes pionni\u00e8res\u2026 <strong>La liste des cons\u00e9quences est effroyable, pour une production officielle estim\u00e9e \u00e0 50 tonnes par an.<\/strong> La r\u00e9gion de Madre de Dios en Amazonie p\u00e9ruvienne<b> <\/b>est aujourd\u2019hui le nouveau th\u00e9\u00e2tre d\u2019une fi\u00e8vre de l\u2019or particuli\u00e8rement destructrice : l\u2019\u00e9tendue de l\u2019exploitation aurif\u00e8re ill\u00e9gale y a augment\u00e9 de 400 % entre 1999 et 2014, \u00e0 tel point qu\u2019elle est aujourd\u2019hui la <strong>premi\u00e8re cause de la destruction de la for\u00eat dans la r\u00e9gion <\/strong>devant l\u2019agriculture intensive ou migratoire, l\u2019\u00e9levage ou encore l\u2019exploitation foresti\u00e8re.<\/p>\n<p>Quant au fer, l\u2019Amazonie poss\u00e8de h\u00e9las la seconde plus grande r\u00e9serve du monde dans la montagne Serra dos Carajas entre le Tocantins et le Xingu au Br\u00e9sil. D\u00e9couverte en 1967, la r\u00e9serve est estim\u00e9e \u00e0 18 milliards de tonnes de fer \u00e0 66% de teneur. La mine de Carajas, mise en exploitation \u00e0 partir de 1986, est \u00e9galement tristement c\u00e9l\u00e8bre pour les <strong>destructions inconsid\u00e9r\u00e9es des \u00e9cosyst\u00e8mes<\/strong> qu\u2019elle a engendr\u00e9. Avec une veine de 300 m d\u2019\u00e9paisseur excav\u00e9e \u00e0 ciel ouvert, sa voie ferr\u00e9e et ses routes pour acheminer le fer, et ses villes pour accueillir ses travailleurs, la mine a largement contribu\u00e9 \u00e0 d\u00e9truire la for\u00eat de la r\u00e9gion du Minais G\u00e9rais et \u00e0 la polluer, tout en <strong>fa\u00e7onnant un nouveau territoire<\/strong> qui reste aujourd\u2019hui <strong>l\u2019un des plus grands conglom\u00e9rats industrialo-miniers du Br\u00e9sil.<\/strong><\/p>\n<p>Voil\u00e0 comment un simple mythe, en figeant dans les esprits l\u2019image d\u2019une Amazonie aux richesses in\u00e9puisables, a contribu\u00e9 \u00e0 initier un<b> cycle de destruction irr\u00e9m\u00e9diable des \u00e9cosyst\u00e8mes<\/b>. Ce mythe n\u2019est certes pas la seule et unique raison, mais c\u2019est aussi parce que la l\u00e9gende de l\u2019El dorado a \u00e9t\u00e9 accol\u00e9e \u00e0 la for\u00eat amazonienne que cette derni\u00e8re subit les <b>impacts ravageurs d\u2019une exploitation irraisonn\u00e9e <\/b>de ces mati\u00e8res premi\u00e8res et mini\u00e8res depuis 500 ans, engendrant un <b>curieux paradoxe<\/b> dans lequel le mythe <b>\u00ab fa\u00e7onne \u00bb<\/b> autant qu\u2019il <b>\u00ab d\u00e9truit \u00bb <\/b>ce territoire.<b><\/b><\/p>\n<h3>De la richesse des sous-sols \u00e0 la fragilit\u00e9 des sols<\/h3>\n<p>Or, au-del\u00e0 du mythe de l\u2019El dorado et de l\u2019id\u00e9e de caract\u00e8re in\u00e9puisable des ressources qu\u2019il v\u00e9hicule, cette <b>richesse <i>des sous-sols<\/i><\/b> <b>dissimule une autre r\u00e9alit\u00e9, celle d\u2019une for\u00eat aux <i>sols<\/i> extr\u00eamement fragiles. <\/b>La richesse des \u00e9cosyst\u00e8mes n\u2019a d\u2019\u00e9gal que leur <b>vuln\u00e9rabilit\u00e9<\/b>. L\u2019Amazonie est une for\u00eat sempervirente, c\u2019est-\u00e0-dire une for\u00eat dont les plantes gardent leurs feuilles vertes toute l\u2019ann\u00e9e, et un milieu humide. Vivant au rythme des saisons s\u00e8ches et des saisons des pluies, la for\u00eat cr\u00e9e son propre microclimat : 50 % de l\u2019eau de pluie tombant en Amazonie provient de l\u2019\u00e9vapotranspiration de la v\u00e9g\u00e9tation, soit l\u2019eau recycl\u00e9e par la for\u00eat elle-m\u00eame, une eau qui est \u00e0 l\u2019origine de la croissance et de la vari\u00e9t\u00e9 de la flore. Cette flore d\u00e9pend donc de la quantit\u00e9 d\u2019humidit\u00e9 de l\u2019atmosph\u00e8re et de la r\u00e9tro-alimentation de l\u2019humidit\u00e9, ce qui explique que la <b>diversit\u00e9 <\/b>de la flore aille de pair avec sa <b>vuln\u00e9rabilit\u00e9<\/b>. La biodiversit\u00e9 foresti\u00e8re d\u00e9pend \u00e9galement de l\u2019humus recouvrant le sol, et non pas de la richesse des sols en \u00e9l\u00e9ments nutritifs : en effet, les sols amazoniens sont <b>chimiquement pauvres et surtout acides<\/b>. Ils sont en grande majorit\u00e9 d\u00e9ficients en phosphore, en potassium et en azote. A peine 8 % seulement sont fertiles. La r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est qu\u2019ils sont <b>parmi les plus pauvres de la plan\u00e8te<\/b>. Il faut donc bien comprendre que, faiblement enracin\u00e9e, la for\u00eat se r\u00e9g\u00e9n\u00e8re dans son propre humus et<b> <\/b>vit <i>sur elle-m\u00eame<\/i> : elle grandit <i>sur<\/i> le sol et non <i>du<\/i> sol. L\u2019exub\u00e9rance de sa flore et de sa faune fait donc oublier que la diversit\u00e9 des \u00e9cosyst\u00e8mes n\u2019\u00e9quivaut pas \u00e0 leur stabilit\u00e9, mais bien au contraire, \u00e0 une <b>fragilit\u00e9 inh\u00e9rente<\/b> puisque ces derniers peuvent facilement \u00eatre d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9s. On comprend d\u00e8s lors que <b>l\u2019exploitation des sols et des sous-sols<\/b>, que ce soit pour l\u2019extraction de min\u00e9raux, la coupe du bois pour l\u2019\u00e9levage et la vente, ou bien pour une agriculture ne prenant pas en compte les sp\u00e9cificit\u00e9s des sols amazoniens, engendre <b>une d\u00e9gradation parfois irr\u00e9m\u00e9diable des \u00e9cosyst\u00e8mes.<\/b><\/p>\n<h3>La for\u00eat vierge inhabit\u00e9e, ou le fantasme du Paradis Perdu<\/h3>\n<p><b> <\/b>Mais tous les mythes n\u2019ont pas, \u00e0 l\u2019instar de celui de l\u2019El Dorado, un impact aussi n\u00e9faste sur l\u2019Amazonie. <b>Certains contribuent m\u00eame aujourd\u2019hui \u00e0 la conservation de la for\u00eat en exacerbant les d\u00e9bordements compassionnels de l\u2019opinion publique occidentale, quand bien m\u00eame ils renvoient une image compl\u00e8tement d\u00e9form\u00e9e de l\u2019Amazonie.<\/b> Le mythe de la \u00ab for\u00eat vierge inhabit\u00e9e \u00bb, sanctuaire des Indiens, en est un parfait exemple. Il est aujourd\u2019hui une sorte d\u2019<b>image d\u2019<i>Epinal<\/i> de l\u2019Amazonie<\/b>, une repr\u00e9sentation contemporaine surfaite et d\u00e9pass\u00e9e, model\u00e9e par une vision proprement occidentale de la \u00ab Nature \u00bb. Prenant ses racines dans le XIX\u00e8me si\u00e8cle romantique europ\u00e9en, cette vision est celle d\u2019une nature fantasm\u00e9e, parfaite, un Eden sanctuaris\u00e9 qui n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 souill\u00e9e par la main de l\u2019homme. Elle active le fantasme du <b>\u00ab Paradis Perdu \u00bb<\/b> ; et l\u2019Amazonie est ainsi devenue dans l\u2019inconscient collectif le symbole m\u00eame de la Nature menac\u00e9e par l\u2019homme. Il suffit de faire une rapide recherche sur internet pour s\u2019en rendre compte : si l\u2019on tape le seul mot \u00ab Amazonie \u00bb, les premi\u00e8res images qui apparaissent sont celles d\u2019une vaste \u00e9tendue de for\u00eat plate o\u00f9 serpente le fleuve Amazone et abonde une riche faune, ou encore des photos d\u2019une d\u00e9forestation sauvage et d\u2019Indiens en danger.<\/p>\n<p>Les ONG de lutte contre la d\u00e9forestation ou de protection des droits des Indiens ont largement <strong>exploit\u00e9 cette vision occidentalis\u00e9e de la nature dans leurs campagnes de sensibilisation du grand public<\/strong>. L\u2019utilisation d\u2019images et de photos d\u2019une Amazonie en nature id\u00e9alis\u00e9e menac\u00e9e par la d\u00e9forestation et d\u2019Indiens \u00ab bons sauvages \u00bb abandonn\u00e9s \u00e0 leur sort, a mobilis\u00e9 bien des fonds pour sa sauvegarde, bien qu\u2019il s\u2019agisse l\u00e0 d\u2019une r\u00e9cup\u00e9ration quelque peu id\u00e9ologique.<\/p>\n<p>Certes l\u2019Amazonie est bien ce que l\u2019on appelle une <strong>\u00ab for\u00eat vierge \u00bb<\/strong> habit\u00e9e par diverses communaut\u00e9s indiennes. Mais cette assertion est aujourd\u2019hui <strong>r\u00e9ductrice<\/strong>, et c\u2019est dans les nuances, comme toujours, que se niche la r\u00e9alit\u00e9. <strong>Qu\u2019entend-on par \u00ab for\u00eat vierge \u00bb ?<\/strong> On peut remplacer ce terme par celui de \u00ab for\u00eat primaire \u00bb, soit une for\u00eat constitu\u00e9e d\u2019arbres centenaires o\u00f9 aucune trace d\u2019activit\u00e9 humaine n\u2019est clairement visible. Les for\u00eats primaires repr\u00e9sentent 33% des for\u00eats sur Terre et abritent au moins 75% de la biodiversit\u00e9 mondiale. Elles sont bien en voie de disparition en Asie du Sud-Est et en Am\u00e9rique du Sud en raison d\u2019un processus complexe de d\u00e9forestation.<\/p>\n<p><strong>Cependant, les grandes for\u00eats vierges sont aujourd\u2019hui \u00e9galement constitu\u00e9es de for\u00eats \u00ab secondaires \u00bb.<\/strong> Il s\u2019agit de for\u00eats qui ont repouss\u00e9 spontan\u00e9ment ou par des plantations du fait de l\u2019homme apr\u00e8s une premi\u00e8re \u00e9limination de la for\u00eat primaire par des causes naturelles ou anthropiques. Les for\u00eats secondaires sont plus denses et les arbres sont de plus petites tailles. Ainsi, les trois quarts des espaces forestiers de notre plan\u00e8te sont aujourd\u2019hui <em>anthropis\u00e9s<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire modifi\u00e9s par les hommes. Et l\u2019Amazonie ne fait pas exception.<\/p>\n<p>Bien plus encore, les espaces naturels comme les for\u00eats sont <strong>des espaces <\/strong><em><b>sociaux<\/b><\/em>. Certes, l\u2019Amazonie est immense et certains endroits, notamment au Br\u00e9sil, sont toujours inaccessibles pour les hommes qui y sont ext\u00e9rieurs. Mais de nombreux espaces forestiers de l\u2019Amazonie ont \u00e9t\u00e9 fa\u00e7onn\u00e9s pendant des si\u00e8cles par leurs populations autochtones, et ce, bien avant et bien apr\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e des Europ\u00e9ens. Les diverses p\u00e9titions et campagnes d\u2019ONG pour <strong>une \u00ab sanctuarisation \u00bb de l\u2019Amazonie<\/strong> <strong>au sein d\u2019une aire naturelle ferm\u00e9e \u00e0 tout homme n\u2019apportent en rien une r\u00e9ponse concr\u00e8te au probl\u00e8me de sa disparition.<\/strong> Ces campagnes sont r\u00e9v\u00e9latrices de la projection d\u2019un rapport \u00e0 la Nature proprement occidental sur l\u2019Amazonie. Elles t\u00e9moignent d\u2019une<strong>\u00ab patrimonialisation \u00bb de la for\u00eat tropicale <\/strong>: cette derni\u00e8re est hiss\u00e9e au rang d\u2019h\u00e9ritage de l\u2019Humanit\u00e9, sous-entendant \u00e9galement une appropriation sociale et culturelle de cet espace forestier par les soci\u00e9t\u00e9s occidentales.<\/p>\n<p>Or, <b>cette conception de l\u2019Amazonie comme sanctuaire des seuls Indiens est dangereuse en ce qu\u2019elle exclue les populations locales amazoniennes non-indig\u00e8nes<\/b> alors m\u00eame que ces derni\u00e8res sont porteuses de solutions pour la protection de la for\u00eat. Aujourd\u2019hui, de nombreux pays amazoniens et des ONG de d\u00e9veloppement tentent de prendre en compte les populations locales et leurs apports b\u00e9n\u00e9fiques aux for\u00eats (s\u00e9lection d\u2019esp\u00e8ces, actions de conservation\u2026) dans leurs politiques et plans de conservation. Ces populations locales, qui sont bien souvent les grandes absentes des discours des ONG pour la sensibilisation du grand public et qui continuent encore d\u2019\u00eatre d\u00e9sign\u00e9es par certains Etats amazoniens comme faisant partie de la liste des responsables de la d\u00e9forestation, sont en effet <b>les premiers \u00e9cologistes et des pionniers <\/b>en mati\u00e8re d\u2019actions pour la pr\u00e9servation de la for\u00eat. Une lente \u00e9volution de la repr\u00e9sentation de la for\u00eat amazonienne s\u2019op\u00e8re ainsi dans les esprits : elle n\u2019est plus pens\u00e9e comme un espace \u00ab d\u00e9shumanis\u00e9 \u00bb et inhabit\u00e9, mais comme une <b>source de nombreux services \u00e9conomiques, sociaux et culturels<\/b> fournissant aux communaut\u00e9s natives et aux populations locales les moyens de leur subsistance ainsi que des revenus.<\/p>\n<h3>Au-del\u00e0 de la for\u00eat, une Amazonie des villes et son cort\u00e8ge d\u2019habitants\u2026<\/h3>\n<p>Nous oublions aussi bien vite qu\u2019\u00e0 l\u2019Amazonie des for\u00eats coexiste aujourd\u2019hui une <strong>Amazonie des villes<\/strong>. Apr\u00e8s des si\u00e8cles de politiques de colonisation et de mise en valeur, des pans entiers du territoire amazonien se sont int\u00e9gr\u00e9s aux tissus nationaux par les voies de communication. Les Amazonies p\u00e9ruvienne et colombienne sont les plus peupl\u00e9es. Au P\u00e9rou, la <em>Selva<\/em> repr\u00e9sente pr\u00e8s de 60 % du territoire national. Alors que l\u2019Amazonie constitue toujours une fronti\u00e8re au Br\u00e9sil, tant elle est \u00e9loign\u00e9e du c\u0153ur \u00e9conomique du pays, l\u2019Amazonie p\u00e9ruvienne est une des trois grandes r\u00e9gions du pays. Elle est pratiquement int\u00e9gr\u00e9e au territoire national, avec sa culture, ses villes, ses routes, son administration.<\/p>\n<p>De plus, la population de l\u2019Amazonie p\u00e9ruvienne est davantage urbaine que rurale. Bien qu\u2019elle ne repr\u00e9sente que 14,31% de la population totale du pays, elle connait une expansion sans pr\u00e9c\u00e9dent, avec une augmentation de 132% entre 1981 et 2007.<b> <\/b>Au Br\u00e9sil, la population d\u2019Amazonie est pass\u00e9e de 6 \u00e0 25 millions en l\u2019espace de 50 ans. M\u00eame si les densit\u00e9s de population restent faibles, force est de constater que l\u2019Amazonie n\u2019est plus ce grand d\u00e9sert humain. <b>L\u2019id\u00e9e d\u2019une internationalisation de l\u2019Amazonie<\/b> (soit l\u2019id\u00e9e de soustraire le territoire aux neuf Etats du bassin pour le placer sous un contr\u00f4le de la communaut\u00e9 internationale dans le but affich\u00e9 de \u201csauver\u201d l\u2019Amazonie d\u2019une disparition certaine)<b> brandit par bon nombre d\u2019ONG comme le rem\u00e8de miracle au mal de la d\u00e9forestation, constitue encore une r\u00e9ponse compl\u00e8tement inappropri\u00e9e. <\/b>C\u2019est oublier cette multiplicit\u00e9 des r\u00e9alit\u00e9s, c\u2019est nier le droit de ses populations et des Etats \u00e0 g\u00e9rer leurs propres affaires et les multiples efforts faits depuis les ann\u00e9es 2000 pour la conservation et un d\u00e9veloppement durable de l\u2019Amazonie. C\u2019est, enfin, nier l\u2019existence m\u00eame de ses populations et de leur culture, et les priver du droit de d\u00e9cider de leur futur. Si internationalisation de l\u2019Amazonie il y a, que deviennent les millions d\u2019habitants, indiens, m\u00e9tiss\u00e9s, p\u00e9ruviens, colombiens, br\u00e9siliens et autres ? Quelle nationalit\u00e9 et quelle place leur donne-t-on dans cette nouvelle configuration ?<\/p>\n<h3>Le Poumon de la Plan\u00e8te : l\u2019Amazonie, un tr\u00e9sor universel<\/h3>\n<p><b> <\/b>Enfin, un autre mythe contemporain r\u00e9v\u00e8le les m\u00eames m\u00e9canismes d\u2019appropriation et d\u2019\u00e9l\u00e9vation de l\u2019Amazonie au statut de symbole supr\u00eame de la nature : celui du fameux mirage moderne du \u00ab Poumon de la Plan\u00e8te \u00bb. <b>Phrase choc <\/b>d\u2019une campagne de sensibilisation de WWF dans les ann\u00e9es 2000, cette assertion a \u00e9t\u00e9 reprise d\u2019articles en articles pour finir par \u00eatre ass\u00e9n\u00e9e comme une v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Or, bien que l\u2019intention soit louable, la d\u00e9finition de l\u2019Amazonie comme \u00ab poumon de la plan\u00e8te \u00bb martel\u00e9e par certaines ONG comme Greenpeace et WWF ne repose, en tout cas pour le moment, sur <b>aucun fondement scientifique<\/b>. Oui, les for\u00eats produisent de l\u2019oxyg\u00e8ne durant le processus de photosynth\u00e8se, et il s\u2019agit tr\u00e8s certainement de l\u2019origine de cette confusion : les v\u00e9g\u00e9taux verts absorbent du dioxyde de carbone (CO2) et rejettent du dioxyg\u00e8ne (O2). Mais les for\u00eats consomment \u00e9galement beaucoup de dioxyg\u00e8ne, maintenant un \u00e9quilibre presque parfait, appel\u00e9 \u00ab climax \u00bb par les \u00e9cologistes, entre production-consommation d\u2019O2 et consommation-production de CO2.<\/p>\n<p><b>En d\u2019autres termes, la for\u00eat amazonienne absorbe autant d\u2019oxyg\u00e8ne qu\u2019elle en rejette, et rejette autant de CO2 qu\u2019elle en absorbe.<\/b><\/p>\n<p>Dire que la for\u00eat amazonienne doit \u00eatre prot\u00e9g\u00e9e car elle nous fournirait une partie de l\u2019oxyg\u00e8ne que nous respirons comme l\u2019explique certaines ONG, est donc un joli raccourci, une <b>simplification qui a \u00e9t\u00e9 un v\u00e9ritable \u00e9lectrochoc pour le grand public<\/b>, a activ\u00e9 la culpabilit\u00e9 du monde moderne, et a permis de r\u00e9colter de nombreux fonds.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, nous ne connaissons encore que tr\u00e8s peu le r\u00f4le des for\u00eats dans la question pr\u00e9cise du renouvellement de l\u2019oxyg\u00e8ne dans l\u2019atmosph\u00e8re, mais, jusqu\u2019\u00e0 preuve du contraire, <b>l\u2019Amazonie ne m\u00e9rite pas le fameux titre de \u00ab poumon de la plan\u00e8te \u00bb qui revient davantage aux oc\u00e9ans, v\u00e9ritables responsables du renouvellement de l\u2019oxyg\u00e8ne.<\/b><\/p>\n<p>Par contre, l\u2019Amazonie est bien un <b>puits de carbone<\/b>, en ce que sa biomasse, si elle venait \u00e0 se d\u00e9composer int\u00e9gralement, contiendrait approximativement 100 milliards de tonnes de carbone. Les incendies \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition de la for\u00eat amazonienne ont ainsi un impact extr\u00eamement n\u00e9faste sur le climat : pour chaque hectare qui part en fum\u00e9e, c\u2019est entre 150 et 190 tonnes de CO2 qui sont lib\u00e9r\u00e9s dans l\u2019atmosph\u00e8re. La d\u00e9forestation, en plus de permettre un rel\u00e2chement dans l\u2019atmosph\u00e8re de gaz carbonique par la combustion ou la d\u00e9composition des arbres, provoque aussi une \u00e9rosion des sols, une rar\u00e9faction de l\u2019eau, une augmentation des s\u00e9cheresses extr\u00eames et, <i>in fine<\/i>, un ass\u00e8chement du climat certain au niveau local.<\/p>\n<p>Une analyse de la revue scientifique <i>Nature<\/i> publi\u00e9e en 2012 d\u00e9montre ainsi le lien entre d\u00e9forestation et accroissement des \u00e9pisodes de s\u00e9cheresse extr\u00eame, apr\u00e8s des \u00e9pisodes semblables dans les bassins du Tocantins et de l\u2019Araguaia au Br\u00e9sil. L\u2019Amazonie, en voie de disparition, pourrait bien devenir un \u00ab contributeur net de CO2 \u00bb dans les ann\u00e9es \u00e0 venir.<\/p>\n<p>Une fois encore, ce n\u2019est pas tant dans la production d\u2019oxyg\u00e8ne ou la fixation de carbone que r\u00e9side la v\u00e9ritable richesse de l\u2019Amazonie, mais dans ce <strong>tr\u00e9sor de biodiversit\u00e9 et les divers peuples et cultures qu\u2019elle renferme.<\/strong> Au-del\u00e0 des mythes fa\u00e7onn\u00e9s et qui tendent \u00e0 la figer en une projection de nos fantasmes, c\u2019est <strong>cette complexit\u00e9, cette multiplicit\u00e9 des r\u00e9alit\u00e9s et cette diversit\u00e9 sociale, politique et \u00e9conomique qu\u2019il nous reste \u00e0 comprendre si nous voulons, de fa\u00e7on efficace, faire face aux enjeux de sa conservation<\/strong>. Au-del\u00e0 du mythe d\u2019un El dorado, l\u2019Amazonie est une for\u00eat extr\u00eamement fragile. Au-del\u00e0 du mythe d\u2019une for\u00eat vierge inhabit\u00e9e, c\u2019est une Amazonie qui permet \u00e0 de nombreuses populations m\u00e9tiss\u00e9es de vivre. Ces populations respectent la for\u00eat et l\u2019exploitent aussi de fa\u00e7on raisonn\u00e9e, n\u2019en d\u00e9plaise \u00e0 certains discours r\u00e9ducteurs d\u2019\u00e9cologistes et d\u2019hommes politiques. Au-del\u00e0 du mythe du Poumon de la Plan\u00e8te, c\u2019est une for\u00eat qui nous est pr\u00e9cieuse, et <strong>encore plus fascinante et myst\u00e9rieuse que le content les l\u00e9gendes, qu\u2019il nous reste \u00e0 d\u00e9couvrir.<\/strong><\/p>\n<\/div><div class=\"fusion-clearfix\"><\/div><\/div><\/div><\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Brandie bien malgr\u00e9 elle comme un symbole de virginit\u00e9 et d\u2019abondance, l\u2019Amazonie a m\u00eame \u00e9t\u00e9 affubl\u00e9e de la lourde responsabilit\u00e9 de \u201cpoumon de la plan\u00e8te\u201d. 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