Publié le : 20/07/202114.2 min de lecture

L’année 2021 marque les 10 ans d’Envol Vert. Pour l’occasion, nous avons fait évoluer notre logo, rénové notre site web, et évidemment remercié chaleureusement nos partenaires. Mais ces dix ans, c’est aussi une décennie pendant laquelle la lutte contre la déforestation et pour la préservation de la biodiversité a fédéré des centaines de bénévoles et volontaires. De la Colombie à la France, en passant par le Pérou, nous sommes tous et toutes animé.e.s par cette cause commune. 

Il était donc évident que nous devions nous retrouver, tous autant que possible, afin de célébrer ensemble cet anniversaire particulier. 

Du 25 au 28 juin, nous avions donc rendez-vous à la ferme des Cabrols, avec sous le bras notre sac de couchage, notre tente, et beaucoup de bonne humeur.

Un lieu tout indiqué

Les Cabrols, c’est un petit hameau situé proche de la ville de Castres, dans le Tarn. C’est aussi un lieu particulier, construit à partir d’une idée, celle de rénover une ferme de 46 ha de manière exemplaire, partagée, culturelle, pédagogique et avec un moindre impact environnemental. Les Cabrols, c’est aussi un modèle économique qui démontre que la diversification des activités, des projets et l’adéquation avec l’histoire et l’écosystème du lieu permet une agriculture vivante. 

Enfin, ce hameau est aussi le centre névralgique du projet Au Pré de Mes Arbres, mené auprès de producteurs tarnais souhaitant mettre en place des systèmes d’agroforesterie. D’ailleurs, c’est une des agricultrices participant au projet qui nous nourrira tout le weekend avec des produits locaux et végétariens.Il est important de souligner à quel point nous nous sommes régalé.e.s !

Jour 1 : Se rappeler pourquoi nous sommes là

Les bénévoles, volontaires et salarié.e.s d’hier et d’aujourd’hui, arrivent au compte goutte en fin d’après-midi. Il faut savoir que depuis 10 ans, les équipes d’Envol Vert travaillent ensemble sur le terrain, mais aussi à distance entre trois pays et une dizaine de villes. Ce premier jour est donc marqué par de “vraies rencontres en présentiel” avec des personnes avec lesquelles nous travaillons parfois depuis plusieurs années ! C’est aussi l’occasion de compter nos “bébés Envol Vert” : quand il y a des bonnes nouvelles, il faut les partager !

Nous sommes environ une cinquantaine, c’est l’heure de donner le coup d’envoi de ce weekend unique. 

Nous avons la chance d’accueillir Jean-Claude Nouard, technicien forestier, artiste peintre et auteur du livre Ce que les arbres nous murmurent où il raconte son expérience de la gestion des forêts de Dordogne.

Il nous partage son parcours mais également ses constats sur la disparition annoncée du métier de “forestier de l’Etat”, ses doutes face à des politiques incitant à planter des essences plus “rentables” mais qui nuisent à la biodiversité et détruisent petit à petit la richesse du patrimoine forestier de la Dordogne.

S’ensuit une séquence de réflexion : comment agir pour que nos belles forêts françaises ne deviennent pas des usines à bois au service d’une économie libérale mettant à mal toute résilience naturelle ?  Il ne s’agit pas de mettre les arbres sous cloche, mais bien de vivre avec eux, grâce à eux, et sans les détruire de manière irraisonnée. Il est évident que parler de faits, de chiffres, et d’expliquer – même pédagogiquement – les conséquences d’une telle gestion forestière ne suffit plus. Il est évident aussi que les citoyens concernés par le sort de nos forêts éprouvent une connexion émotionnelle envers elle : ils la connaissent, ils s’y baladent, ils l’aiment. Mais tous les citoyens, en particulier parmi les enfants, n’ont pas cette sensibilité à la nature. Comment la (re)créer?

Comment (re)tisser des liens entre l’Homme et la Forêt ? Nous n’avons pas de réponse toute faite, mais nous continuons d’explorer, d’essayer, de nous tromper, mais aussi parfois de réussir à démontrer la pertinence d’un modèle. Bref, nous continuons à lutter.

Prenant la suite de Jean-Claude Nouard, Daisy Tarrier, cofondatrice d’Envol Vert, nous offrira une fresque historique et romancée de l’association, ne manquant pas de remercier autant que de taquiner Boris Patentreger qui a mené cette aventure avec elle. Il concluera cette séquence en rappelant qu’une idée un peu folle peut tout à fait se concrétiser dès lors qu’on est assez fou pour s’y investir pleinement.

Cette idée un peu folle, c’est Envol Vert. 

La soirée se termine autour d’un repas à la saveur d’ail des ours, de belles conversations, de jeux et des talents de danseuse de Laura Martel, service-civique en charge de l’organisation de l’événement qui nous éblouira par son énergie tout au long du weekend (merci à elle!). 

Jour 2 : Prendre le temps de ralentir pour aller jusqu’au bout de la nuit

Après un petit déjeuner en douceur, nous commençons la journée par la lecture d’une lettre. Celle de Sara, adolescente de 14 ans, qui souhaitait partager avec nous son cheminement sur la question écologique. 

Bonjour,

Je suis Sara Rezzaki et il y’a quelques temps j’ai décidé de m’investir dans l’écologie,  c’est avec cette idée en tête que j’ai été redirigé par vous.

Je vous mentirais certainement si je vous disais que j’ai toujours prêté attention à mon empreinte écologique, mais un événement m’a fait voir les choses sous un nouveau jour et a éveillé ma conscience.

Pour faire court, un jour, je suis allée à la mer, pensant que j’allais trouver un espace d’une splendeur et d’une magnificence écrasante j’étais heureuse à l’idée de pouvoir la voir, mais visiblement ce n’était qu’un fantasme : j’ai à peine posé le pied que déjà je distinguais une cannette de Coca Cola rouge vif sur le sable. Encore aujourd’hui j’arrive parfaitement à me remémorer cette scène.  

Mais apparemment ce n’était pas suffisant il en fallait encore plus, toujours plus. Et voilà que j’en apercevais un autre, et encore un, mais comme on dit, jamais deux sans trois, c’était la première fois que j’en voyais autant dans un même espace.

Toutefois instinctivement, sans réfléchir je me suis dit qu’il était de mon devoir de les ramasser, de nettoyer, de réparer la faute des autres.

Et c’est à cet instant, que j’ai eu un déclic : « les mers ne sont pas un espace infini elle ne peuvent plus être utilisé comme ultime poubelle » à ce moment-là je me suis quand même tenu pour responsable je me suis dit que cet abject spectacle était en partie ma faute tous les déchets que j’ai jetés des années durant se retrouvaient là, devant moi.

Néanmoins c’est bien beau d’en avoir pris conscience maintenant qu’est-ce que je peux faire pour poursuivre cet objectif sur le long terme ? c’est ainsi que pour commencer je me suis mise à mobiliser mon entourage je peux vous certifier qu’en ma présence, tous les déchets finissent dans une poubelle et si par malheur quelqu’un ose en jeter un seul, un regard transperçant et un long discours sur la préservation de la forêt et de la biodiversité suffit.

Après j’ai conscience que c’est tout un cheminement et vous imaginez bien que du haut de mes quatorze ans je suis dans l’incapacité de faire plus que ce que je ne fais déjà mais ce qui compte c’est que j’ai la volonté et la détermination nécessaire.

Depuis j’y ai longuement réfléchi et j’en suis venu au fait que les regrets, les échecs font partie de la vie mais l’important est ce que je vais faire plus tard pour aller de l’avant, et puis j’ai un principe que j’essaye toujours d’appliquer : PLUS ULTRA !  C’est vrai tout de même pourquoi faire moins quand on peut faire plus ?!

Et c’est dans ce but que je que j’ai contacté votre association

Cependant, en me projetant vers le futur quelques inquiétudes ont commencé à faire surface que deviendrons-nous avec ces histoires d’épuisement des ressources naturelle et de réchauffement climatique ?  C’est une réalité que l’on ne peut éviter…

Mais c’est à nous adolescents ,les adultes de demain de veiller et de garantir la survie de notre planète .Je vais vous avouer que quand j’en  parle à des personnes  de mon âge ou bien plus jeune toujours la même phrase revient sur le tapis : «  de toute façon c’est déjà trop tard ,c’est pas moi qui vais changer quelques chose » eh bien ,il ne faut jamais dire jamais, rien n’est impossible et si personnes ne veut changer le monde avec moi je le changerai seule afin d’arriver finalement à un monde proche de l’utopie.

Merci infiniment à Audrey qui m’a permis de m’exprimer à travers cette lettre.

Et je tiens particulièrement à remercier les salariés et les bénévoles qui font exister cette association et qui veille autant à nous garantir un bon futur !

Sara

Le reste de la matinée s’est organisé librement en petits groupes à l’occasion d’un Forum Ouvert. Activités sportives, artistiques, artisanales, culturelles voire même spirituelles ont été proposées par les envolverdien.nes eux-mêmes. Certain.e.s d’entre nous ont donc pris le temps de visiter tranquillement les Cabrols en s’arrêtant devant chaque sauterelle et en guettant les oiseaux quand d’autres assouvissaient leur curiosité pour la culture colombienne et apprenaient à danser la cumbia. Alors qu’un atelier pâtisserie s’organisait en cuisine pour découvrir la farine de noyer maya issue de nos projets colombiens, des participantes se réunissaient pour méditer ensemble puis échanger sur les cycles qui les traversent, et d’autres prenaient tout simplement le temps de ne rien faire. 

Ces activités diverses et variées ont vraiment posé la base d’un processus de reconnexion, avec notre environnement mais également entre humains partageant des valeurs communes. 

Dans l’après-midi s’est tenu le Village Envol Vert : chaque projet terrain et chaque pôle support de l’association a tenu un stand afin de faire découvrir de manière ludique ses activités et objectifs. Parce que nous n’avons malheureusement pas pu faire venir l’ensemble de nos membres colombien.ne.s et péruvien.ne.s, nous avons profité de cet événement pour faire jouer la magie du virtuel et les avons invités à découvrir le Village à travers une visioconférence. Il était relativement cocasse de voir Boris, Elie, ou encore Laura se balader d’un stand à l’autre en présentant les stands à un écran d’ordinateur ! 

La richesse et la qualité des échanges qui ont pu avoir lieu sur ce Village nous ont convaincus que cette modalité de partage devrait être réitérée.

Le Village Envol Vert s’est conclu sur l’ouverture d’un mini marché dans lequel les producteur.rice.s participant au projet Au Pré de Mes Arbres venaient nous présenter leurs produits : du sorbet à la fraise bio et artisanal à la magique pâte à tartiner “Nut&Miel” en passant par des pelotes de laine teintes à coup d’expérimentations naturelles, ce marché fut un régal dans tous les sens du terme

Après cette journée incroyablement riche de rencontres, connexions, et réflexions, est venu l’heure de fêter dignement cet anniversaire des 10 ans à l’occasion d’un concert en plein air du groupe brésilien Café com Leite. Au rythme de cette musique déjantée à la croisée des genres et des pays, nous nous sommes tous rappelés à quel point il était bon de danser ensemble après cette année de confinement, restrictions et mesures sanitaires.

La soirée déjà bien animée s’est poursuivie à partir de 23h avec le set cadeau d’Hugo, agriculteur bénéficiaire d’Au Pré de Mes Arbres le jour, et donc DJ la nuit. Même l’orage n’aura pas réussi à ternir la fête !

Jour 3 : Se reconnecter

Le réveil fut (très) tardif ce matin-là. Nous nous sommes tous retrouvés autour d’un petit déjeuner bien mérité avant de nous réunir pour une masterclass animée par Nicolas, notre expert des forêts françaises et passionné par les modes d’organisation. L’objectif est clair : nous transmettre son envie d’orienter Envol Vert vers un mode de fonctionnement “Opale”. Sans retranscrire ici la démonstration bien ficelée et la nature de nos échanges, nous préférons vous partager simplement une impression à l’issue de cette séquence : la fierté que chacun puisse se sentir libre de proposer ses idées au collectif pour le collectif. Nous ne sommes peut-être pas si loin de cette organisation Opale ? 

L’après-midi est consacré à la découverte. D’abord la découverte du travail d’architecte de Yvan, habitant des Cabrols, qui nous fait visiter le chantier de sa maison éco-conçue en matériaux biosourcés. L’écouter expliquer très pédagogiquement ses choix de matériaux ou d’agencement, et surtout nous partager sa vision et son projet fut un moment très inspirant pour tous (et pour certains plus que d’autres, il semble que ça ait donné des idées très concrètes à un de nos anciens bénévoles). 

Nous avons ensuite suivi Nicolas jusqu’à la forêt du Sidobre pour une marche vivifiante entre les arbres. Quelques dizaines de minutes après avoir emprunté le chemin forestier, nous tombons sur plusieurs hectares de coupe rase qui semble relativement récente…. Une triste réalité de l’état des forêts privées du Tarn. Cela nous rappelle d’autant plus pourquoi nous faisons ce que nous faisons. Il est plus que temps que notre nouveau projet français en préparation soit suffisamment mûr pour être lancé… 

Nous continuons notre route et nous nous enfonçons entre les arbres. Le soleil brûlant des premiers jours a laissé la place à une brume humide ; elle donne un aspect mystique au paysage que nous traversons. Il était impensable pour nous de ne pas fêter ces dix ans par une balade en forêt.

La journée s’achève sur un dernier picnic sur le terrain de Nicolas, c’est la dernière nuit. Le lendemain et après ce weekend particulièrement fort de cohérence et de bienveillance, tout le monde reprendra son chemin. Si certain.e.s s’apprêtent à partir en mission en Amérique du Sud, d’autres retournent à leurs occupations quotidiennes, mais chacun emportera avec lui une petite flamme ravivée pour continuer à lutter chaque jour et avec conviction contre la déforestation et pour la biodiversité. 

Merci à tous les bénévoles, les volontaires et les salarié.e.s qui font vivre cette belle association.

Nous pouvons être fier.e.s de ce qu’elle est devenue et impatient.e.s de ce qu’elle pourra devenir, sans jamais perdre de vue que si nous continuons d’exister, c’est que les forêts continuent d’être détruites.

Alors, à quand le dernier anniversaire d’Envol Vert ? 

Autrice : Flora Goldgran, bénévole Envol Vert
Photos : Emma Luche, Camille Bellurier, Charlène Lainé, Harold Meza et Arnaud Donnat, bénévoles et volontaires Envol Vert

Publié le : 20/07/202114.2 min de lecture

L’année 2021 marque les 10 ans d’Envol Vert. Pour l’occasion, nous avons fait évoluer notre logo, rénové notre site web, et évidemment remercié chaleureusement nos partenaires. Mais ces dix ans, c’est aussi une décennie pendant laquelle la lutte contre la déforestation et pour la préservation de la biodiversité a fédéré des centaines de bénévoles et volontaires. De la Colombie à la France, en passant par le Pérou, nous sommes tous et toutes animé.e.s par cette cause commune. 

Il était donc évident que nous devions nous retrouver, tous autant que possible, afin de célébrer ensemble cet anniversaire particulier. 

Du 25 au 28 juin, nous avions donc rendez-vous à la ferme des Cabrols, avec sous le bras notre sac de couchage, notre tente, et beaucoup de bonne humeur.

Un lieu tout indiqué

Les Cabrols, c’est un petit hameau situé proche de la ville de Castres, dans le Tarn. C’est aussi un lieu particulier, construit à partir d’une idée, celle de rénover une ferme de 46 ha de manière exemplaire, partagée, culturelle, pédagogique et avec un moindre impact environnemental. Les Cabrols, c’est aussi un modèle économique qui démontre que la diversification des activités, des projets et l’adéquation avec l’histoire et l’écosystème du lieu permet une agriculture vivante. 

Enfin, ce hameau est aussi le centre névralgique du projet Au Pré de Mes Arbres, mené auprès de producteurs tarnais souhaitant mettre en place des systèmes d’agroforesterie. D’ailleurs, c’est une des agricultrices participant au projet qui nous nourrira tout le weekend avec des produits locaux et végétariens.Il est important de souligner à quel point nous nous sommes régalé.e.s !

Jour 1 : Se rappeler pourquoi nous sommes là

Les bénévoles, volontaires et salarié.e.s d’hier et d’aujourd’hui, arrivent au compte goutte en fin d’après-midi. Il faut savoir que depuis 10 ans, les équipes d’Envol Vert travaillent ensemble sur le terrain, mais aussi à distance entre trois pays et une dizaine de villes. Ce premier jour est donc marqué par de “vraies rencontres en présentiel” avec des personnes avec lesquelles nous travaillons parfois depuis plusieurs années ! C’est aussi l’occasion de compter nos “bébés Envol Vert” : quand il y a des bonnes nouvelles, il faut les partager !

Nous sommes environ une cinquantaine, c’est l’heure de donner le coup d’envoi de ce weekend unique. 

Nous avons la chance d’accueillir Jean-Claude Nouard, technicien forestier, artiste peintre et auteur du livre Ce que les arbres nous murmurent où il raconte son expérience de la gestion des forêts de Dordogne.

Il nous partage son parcours mais également ses constats sur la disparition annoncée du métier de “forestier de l’Etat”, ses doutes face à des politiques incitant à planter des essences plus “rentables” mais qui nuisent à la biodiversité et détruisent petit à petit la richesse du patrimoine forestier de la Dordogne.

S’ensuit une séquence de réflexion : comment agir pour que nos belles forêts françaises ne deviennent pas des usines à bois au service d’une économie libérale mettant à mal toute résilience naturelle ?  Il ne s’agit pas de mettre les arbres sous cloche, mais bien de vivre avec eux, grâce à eux, et sans les détruire de manière irraisonnée. Il est évident que parler de faits, de chiffres, et d’expliquer – même pédagogiquement – les conséquences d’une telle gestion forestière ne suffit plus. Il est évident aussi que les citoyens concernés par le sort de nos forêts éprouvent une connexion émotionnelle envers elle : ils la connaissent, ils s’y baladent, ils l’aiment. Mais tous les citoyens, en particulier parmi les enfants, n’ont pas cette sensibilité à la nature. Comment la (re)créer?

Comment (re)tisser des liens entre l’Homme et la Forêt ? Nous n’avons pas de réponse toute faite, mais nous continuons d’explorer, d’essayer, de nous tromper, mais aussi parfois de réussir à démontrer la pertinence d’un modèle. Bref, nous continuons à lutter.

Prenant la suite de Jean-Claude Nouard, Daisy Tarrier, cofondatrice d’Envol Vert, nous offrira une fresque historique et romancée de l’association, ne manquant pas de remercier autant que de taquiner Boris Patentreger qui a mené cette aventure avec elle. Il concluera cette séquence en rappelant qu’une idée un peu folle peut tout à fait se concrétiser dès lors qu’on est assez fou pour s’y investir pleinement.

Cette idée un peu folle, c’est Envol Vert. 

La soirée se termine autour d’un repas à la saveur d’ail des ours, de belles conversations, de jeux et des talents de danseuse de Laura Martel, service-civique en charge de l’organisation de l’événement qui nous éblouira par son énergie tout au long du weekend (merci à elle!). 

Jour 2 : Prendre le temps de ralentir pour aller jusqu’au bout de la nuit

Après un petit déjeuner en douceur, nous commençons la journée par la lecture d’une lettre. Celle de Sara, adolescente de 14 ans, qui souhaitait partager avec nous son cheminement sur la question écologique. 

Bonjour,

Je suis Sara Rezzaki et il y’a quelques temps j’ai décidé de m’investir dans l’écologie,  c’est avec cette idée en tête que j’ai été redirigé par vous.

Je vous mentirais certainement si je vous disais que j’ai toujours prêté attention à mon empreinte écologique, mais un événement m’a fait voir les choses sous un nouveau jour et a éveillé ma conscience.

Pour faire court, un jour, je suis allée à la mer, pensant que j’allais trouver un espace d’une splendeur et d’une magnificence écrasante j’étais heureuse à l’idée de pouvoir la voir, mais visiblement ce n’était qu’un fantasme : j’ai à peine posé le pied que déjà je distinguais une cannette de Coca Cola rouge vif sur le sable. Encore aujourd’hui j’arrive parfaitement à me remémorer cette scène.  

Mais apparemment ce n’était pas suffisant il en fallait encore plus, toujours plus. Et voilà que j’en apercevais un autre, et encore un, mais comme on dit, jamais deux sans trois, c’était la première fois que j’en voyais autant dans un même espace.

Toutefois instinctivement, sans réfléchir je me suis dit qu’il était de mon devoir de les ramasser, de nettoyer, de réparer la faute des autres.

Et c’est à cet instant, que j’ai eu un déclic : « les mers ne sont pas un espace infini elle ne peuvent plus être utilisé comme ultime poubelle » à ce moment-là je me suis quand même tenu pour responsable je me suis dit que cet abject spectacle était en partie ma faute tous les déchets que j’ai jetés des années durant se retrouvaient là, devant moi.

Néanmoins c’est bien beau d’en avoir pris conscience maintenant qu’est-ce que je peux faire pour poursuivre cet objectif sur le long terme ? c’est ainsi que pour commencer je me suis mise à mobiliser mon entourage je peux vous certifier qu’en ma présence, tous les déchets finissent dans une poubelle et si par malheur quelqu’un ose en jeter un seul, un regard transperçant et un long discours sur la préservation de la forêt et de la biodiversité suffit.

Après j’ai conscience que c’est tout un cheminement et vous imaginez bien que du haut de mes quatorze ans je suis dans l’incapacité de faire plus que ce que je ne fais déjà mais ce qui compte c’est que j’ai la volonté et la détermination nécessaire.

Depuis j’y ai longuement réfléchi et j’en suis venu au fait que les regrets, les échecs font partie de la vie mais l’important est ce que je vais faire plus tard pour aller de l’avant, et puis j’ai un principe que j’essaye toujours d’appliquer : PLUS ULTRA !  C’est vrai tout de même pourquoi faire moins quand on peut faire plus ?!

Et c’est dans ce but que je que j’ai contacté votre association

Cependant, en me projetant vers le futur quelques inquiétudes ont commencé à faire surface que deviendrons-nous avec ces histoires d’épuisement des ressources naturelle et de réchauffement climatique ?  C’est une réalité que l’on ne peut éviter…

Mais c’est à nous adolescents ,les adultes de demain de veiller et de garantir la survie de notre planète .Je vais vous avouer que quand j’en  parle à des personnes  de mon âge ou bien plus jeune toujours la même phrase revient sur le tapis : «  de toute façon c’est déjà trop tard ,c’est pas moi qui vais changer quelques chose » eh bien ,il ne faut jamais dire jamais, rien n’est impossible et si personnes ne veut changer le monde avec moi je le changerai seule afin d’arriver finalement à un monde proche de l’utopie.

Merci infiniment à Audrey qui m’a permis de m’exprimer à travers cette lettre.

Et je tiens particulièrement à remercier les salariés et les bénévoles qui font exister cette association et qui veille autant à nous garantir un bon futur !

Sara

Le reste de la matinée s’est organisé librement en petits groupes à l’occasion d’un Forum Ouvert. Activités sportives, artistiques, artisanales, culturelles voire même spirituelles ont été proposées par les envolverdien.nes eux-mêmes. Certain.e.s d’entre nous ont donc pris le temps de visiter tranquillement les Cabrols en s’arrêtant devant chaque sauterelle et en guettant les oiseaux quand d’autres assouvissaient leur curiosité pour la culture colombienne et apprenaient à danser la cumbia. Alors qu’un atelier pâtisserie s’organisait en cuisine pour découvrir la farine de noyer maya issue de nos projets colombiens, des participantes se réunissaient pour méditer ensemble puis échanger sur les cycles qui les traversent, et d’autres prenaient tout simplement le temps de ne rien faire. 

Ces activités diverses et variées ont vraiment posé la base d’un processus de reconnexion, avec notre environnement mais également entre humains partageant des valeurs communes. 

Dans l’après-midi s’est tenu le Village Envol Vert : chaque projet terrain et chaque pôle support de l’association a tenu un stand afin de faire découvrir de manière ludique ses activités et objectifs. Parce que nous n’avons malheureusement pas pu faire venir l’ensemble de nos membres colombien.ne.s et péruvien.ne.s, nous avons profité de cet événement pour faire jouer la magie du virtuel et les avons invités à découvrir le Village à travers une visioconférence. Il était relativement cocasse de voir Boris, Elie, ou encore Laura se balader d’un stand à l’autre en présentant les stands à un écran d’ordinateur ! 

La richesse et la qualité des échanges qui ont pu avoir lieu sur ce Village nous ont convaincus que cette modalité de partage devrait être réitérée.

Le Village Envol Vert s’est conclu sur l’ouverture d’un mini marché dans lequel les producteur.rice.s participant au projet Au Pré de Mes Arbres venaient nous présenter leurs produits : du sorbet à la fraise bio et artisanal à la magique pâte à tartiner “Nut&Miel” en passant par des pelotes de laine teintes à coup d’expérimentations naturelles, ce marché fut un régal dans tous les sens du terme

Après cette journée incroyablement riche de rencontres, connexions, et réflexions, est venu l’heure de fêter dignement cet anniversaire des 10 ans à l’occasion d’un concert en plein air du groupe brésilien Café com Leite. Au rythme de cette musique déjantée à la croisée des genres et des pays, nous nous sommes tous rappelés à quel point il était bon de danser ensemble après cette année de confinement, restrictions et mesures sanitaires.

La soirée déjà bien animée s’est poursuivie à partir de 23h avec le set cadeau d’Hugo, agriculteur bénéficiaire d’Au Pré de Mes Arbres le jour, et donc DJ la nuit. Même l’orage n’aura pas réussi à ternir la fête !

Jour 3 : Se reconnecter

Le réveil fut (très) tardif ce matin-là. Nous nous sommes tous retrouvés autour d’un petit déjeuner bien mérité avant de nous réunir pour une masterclass animée par Nicolas, notre expert des forêts françaises et passionné par les modes d’organisation. L’objectif est clair : nous transmettre son envie d’orienter Envol Vert vers un mode de fonctionnement “Opale”. Sans retranscrire ici la démonstration bien ficelée et la nature de nos échanges, nous préférons vous partager simplement une impression à l’issue de cette séquence : la fierté que chacun puisse se sentir libre de proposer ses idées au collectif pour le collectif. Nous ne sommes peut-être pas si loin de cette organisation Opale ? 

L’après-midi est consacré à la découverte. D’abord la découverte du travail d’architecte de Yvan, habitant des Cabrols, qui nous fait visiter le chantier de sa maison éco-conçue en matériaux biosourcés. L’écouter expliquer très pédagogiquement ses choix de matériaux ou d’agencement, et surtout nous partager sa vision et son projet fut un moment très inspirant pour tous (et pour certains plus que d’autres, il semble que ça ait donné des idées très concrètes à un de nos anciens bénévoles). 

Nous avons ensuite suivi Nicolas jusqu’à la forêt du Sidobre pour une marche vivifiante entre les arbres. Quelques dizaines de minutes après avoir emprunté le chemin forestier, nous tombons sur plusieurs hectares de coupe rase qui semble relativement récente…. Une triste réalité de l’état des forêts privées du Tarn. Cela nous rappelle d’autant plus pourquoi nous faisons ce que nous faisons. Il est plus que temps que notre nouveau projet français en préparation soit suffisamment mûr pour être lancé… 

Nous continuons notre route et nous nous enfonçons entre les arbres. Le soleil brûlant des premiers jours a laissé la place à une brume humide ; elle donne un aspect mystique au paysage que nous traversons. Il était impensable pour nous de ne pas fêter ces dix ans par une balade en forêt.

La journée s’achève sur un dernier picnic sur le terrain de Nicolas, c’est la dernière nuit. Le lendemain et après ce weekend particulièrement fort de cohérence et de bienveillance, tout le monde reprendra son chemin. Si certain.e.s s’apprêtent à partir en mission en Amérique du Sud, d’autres retournent à leurs occupations quotidiennes, mais chacun emportera avec lui une petite flamme ravivée pour continuer à lutter chaque jour et avec conviction contre la déforestation et pour la biodiversité. 

Merci à tous les bénévoles, les volontaires et les salarié.e.s qui font vivre cette belle association.

Nous pouvons être fier.e.s de ce qu’elle est devenue et impatient.e.s de ce qu’elle pourra devenir, sans jamais perdre de vue que si nous continuons d’exister, c’est que les forêts continuent d’être détruites.

Alors, à quand le dernier anniversaire d’Envol Vert ? 

Autrice : Flora Goldgran, bénévole Envol Vert
Photos : Emma Luche, Camille Bellurier, Charlène Lainé, Harold Meza et Arnaud Donnat, bénévoles et volontaires Envol Vert

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