Publié le : 20/09/202610,9 min de lecture

Depuis 2013, Envol Vert alerte sur la déforestation importée : ces forêts détruites à l’autre bout du monde à cause de l’importation de certaines matières premières à risque, comme le soja à destination de l’élevage, le cacao, le café ou l’huile de palme. Ces dix dernières années, quelques évolutions positives ont eu lieu sur ce sujet, comme l’interdiction de l’huile de palme dans les agrocarburants ou le vote du Règlement européen contre la déforestation (RDUE), qui vise à interdire la vente de produits ayant contribué à la déforestation.

Malgré tout, les forêts sont toujours détruites à un rythme alarmant, la déforestation importée est toujours méconnue, et le RDUE a été repoussé de deux ans (en 2025 puis en 2026), amputé de plusieurs dispositions et manque de précisions sur certaines modalités d’application. S’il faut continuer à encourager et soutenir ces grandes évolutions politiques, Envol Vert continue à développer d’autres outils complémentaires, pour réduire l’Empreinte Forêt de la France.

score A empreinte foret

L’Empreinte Forêt dans la poche

Éviter la déforestation dans son assiette n’a jamais été aussi simple. Il suffit de scanner les produits de votre supermarché ou de vos placards dans les applications Open Food Facts ou myLabel pour connaître leur risque de déforestation. Cela concerne tous les produits qui contiennent du cacao, du café, de l’huile de palme ou de la volaille et ses produits dérivés (œufs).

Après avoir téléchargé l’application Open Food Facts ou myLabel, il faut paramétrer son compte en indiquant être intéressé·e par les questions environnementales et/ou de déforestation pour que l’Empreinte Forêt des produits scannés apparaisse.

Open-food-facts-logo
My-label-logo

Une nouvelle méthodologie

Depuis 2013, Envol Vert travaille sur une méthodologie capable d’estimer l’Empreinte Forêt. Cette méthode de calcul a été consolidée au fil des années, avant d’aboutir en 2023 à la publication du Référentiel Empreinte Forêt France (REFF), fruit d’un travail collectif de plusieurs années du Comité scientifique et technique Forêt (CST Forêt).

Après avoir calculé l’Empreinte Forêt de la France en 2025, Envol Vert a adapté cette méthodologie au niveau de chaque produit. Ainsi, l’Empreinte Forêt qui apparaît dans les applications de scan correspond à un risque de déforestation, compris entre A (absence de risque de déforestation) et D (risque fort de déforestation). Il est basé sur la présence ou non de certains ingrédients à risque, leur quantité dans le produit, leur origine, ainsi que la présence de labels qui peuvent atténuer ce risque au regard de leurs cahiers des charges.

Cette méthode de calcul est disponible publiquement et réalisée uniquement grâce aux données ouvertes (open data) disponibles sur Open Food Facts. À date, ce risque de déforestation est disponible pour les produits contenant du cacao, du café ou de l’huile de palme. D’autres matières premières comme le soja, largement responsable de déforestation via l’alimentation animale, seront intégrées par la suite.

Concrètement, il suffit désormais de scanner le code-barres d’un produit pour obtenir son niveau de risque potentiel de déforestation. Cela permet de rendre visible, en quelques secondes, un impact environnemental qui reste aujourd’hui largement invisible. Scanner un produit permet de savoir non seulement s’il est bon pour sa santé ou comment il a été fabriqué, mais aussi s’il présente un risque pour les forêts.

Cette information peut permettre aux consommateurs de faire un choix éclairé et contribuer également à faire évoluer l’offre des industriels et des distributeurs pour améliorer leurs approvisionnements.

Cacao

Le cacao est responsable de 31% de l’Empreinte Forêt de la France. Ingrédient à la base du chocolat, il est présent dans de nombreux produits sucrés, souvent consommés pour le petit-déjeuner, le goûter ou le dessert.

Originaire de Haute Amazonie, le cacaoyer est un petit arbre qui produit des fèves, à partir desquelles est fabriqué le cacao. Sa culture commerciale est développée par les puissances coloniales – dont la France – qui l’introduisent notamment en Afrique de l’Ouest à partir du XIXe siècle. Il s’agit toujours de la première zone de production du cacao, puisque la Côte d’Ivoire et le Ghana concentrent à eux seuls environ la moitié de sa production mondiale. 

Bien qu’il pousse naturellement à l’ombre, le cacaoyer est majoritairement cultivé en plein soleil, afin de maximiser ses rendements. Ses plantations se font ainsi souvent au détriment des forêts, qui sont à la fois des terres disponibles mais également riches et fertiles une fois rasées. Enfin, 90% de la production mondiale de cacao est assurée par des petit·es producteur·rices, qui possèdent entre 2 et 5 hectares, et parfois regroupé·es en coopératives.

Face à cette multitude de petit·es producteur·rices, seules deux entreprises achètent la moitié du cacao produit dans le monde. Cette situation d’oligopole, ainsi que la grande sensibilité de la culture du cacao aux aléas climatiques, rend les cours mondiaux du cacao assez volatils et engendre une grande instabilité financière pour les producteur·rices, souvent en situation de pauvreté. Cette pauvreté est alors un facteur de déforestation, les producteur·rices cherchant à s’assurer un revenu complémentaire en vendant du bois ou en agrandissant leurs parcelles.

Depuis les années 1960, la culture du cacao a été le principal moteur de la déforestation en Côte d’Ivoire, dont 90% de ses forêts ont été détruites. En 2019, 25 % de la superficie utilisée pour la production de cacao en Côte d’Ivoire étaient situés dans des zones « protégées » et des réserves forestières.

Face à cette situation, certaines marques de cacao se spécialisent dans des filières courtes, 100 % tracées et certifiées commerce équitable, réduisant drastiquement le risque de déforestation, mais elles représentent une part minime du marché.

Café

Le café est responsable de 6% de l’Empreinte Forêt de la France, qui est le cinquième plus grand importateur de café. Il est principalement consommé comme boisson pour ses vertus énergisantes, sous forme de café en grains, moulu, mais aussi dosettes et capsules.

Colecta de semillas

Originaire de diverses zones d’Afrique tropicale, le caféier est un arbuste qui produit des graines, torréfiées pour faire du café. Sa culture commerciale et à grande échelle est développée par les puissances coloniales européennes à partir du XVIIe siècle, notamment en Asie du Sud-Est et aux Amériques, afin d’approvisionner leurs métropoles. Ce sont toujours aujourd’hui les deux principales zones de production.

Bien que le caféier pousse naturellement sous la canopée des forêts tropicales, ils sont souvent plantés en plein soleil afin d’augmenter les rendements, principalement dans des zones forestières pour bénéficier de leur climat et de la fertilité de leurs sols. Alors que 43 % des surfaces de caféier étaient cultivées sous ombrage en 1996, seules 24 % l’étaient en 2010. La déforestation liée au café est exacerbée par le dérèglement climatique, qui provoque une forte incertitude sur les rendements et provoque des migrations de cultures vers de nouvelles zones à plus forte altitude, exposant des forêts auparavant intactes.

80% de la production de café est assurée par des petit·es producteur·rices, qui possèdent entre 2 et 5 hectares, et son parfois regroupé·es en coopératives. Face à cette multitude de petit·es producteur·rices, quelques grandes entreprises achètent la majorité du café produit dans le monde. Cette situation de concentration économique, ainsi que la grande sensibilité de la culture du café aux aléas climatiques, rend ses cours mondiaux assez volatils et engendre une instabilité financière pour les producteur·rices, souvent en situation de pauvreté. Cette pauvreté est alors un facteur de déforestation, les producteur·rices cherchant à s’assurer un revenu complémentaire en vendant du bois ou en agrandissant leurs parcelles.

Depuis 2000, la culture du café serait responsable de 130 000 hectares de déforestation chaque année, soit un petit peu plus que la superficie du Val d’Oise.

Certaines marques développent des cafés de spécialité, bio ou équitable, dont les chaînes d’approvisionnement sont tracées et réduisent largement le risque de déforestation, même si ces initiatives ne représentent qu’une portion limitée du marché en France. 

Huile de palme

L’huile de palme est responsable de 2,4% de l’Empreinte Forêt de la France. Cette huile est principalement utilisée dans l’agro industrie comme ingrédient de produits ultra transformés, ainsi que pour l’alimentation des volailles et porcs.

Originaire d’Afrique de l’Ouest, le palmier à huile est un arbre qui produit des fruits, dont est extraite l’huile de palme. Il est introduit en Asie du Sud-Est à la fin du XIXe siècle par les puissances coloniales et y devient une culture majeure à partir des années 1980, principalement en Indonésie et en Malaisie qui représentent 85% de la production mondiale.

L’huile de palme est l’un des symboles de la déforestation tropicale, notamment sur l’île de Bornéo, partagée entre la Malaisie et l’Indonésie, qui a perdu plus de la moitié de ses forêts depuis les années 1970. Sa production a explosé, passant d’1,5 millions de tonnes en 1961 à 79 millions en 2022. 

Bien qu’elle soit produite à la fois par des petit·es producteur·rices et des grandes entreprises, la majorité de la déforestation est le fait de ces dernières, qui obtiennent des concessions de dizaines de milliers d’hectares. Les palmiers à huile sont alors plantés sur des terres forestières afin d’augmenter la rentabilité des projets grâce à la vente du bois abattu et de bénéficier d’une meilleure fertilité des sols.

Si la déforestation tend à diminuer au niveau national en Indonésie, notamment grâce à la mise en place d’un moratoire en 2021, le rythme de la déforestation continue d’augmenter dans les 10 provinces les plus boisées. Certains labels tentent de promouvoir une huile de palme durable, mais son utilisation dans des produits ultra transformés rend sa traçabilité complexe.

[MENACES]Palme vue dessous2©D.Tarrier

Soja

Le soja est responsable de plus de 50% de l’Empreinte Forêt de la France. Dans le monde, cette légumineuse est très majoritairement utilisée pour nourrir les animaux d’élevage.

feves soja

Originaire d’Asie orientale, le soja y a pendant longtemps été cultivé pour la fabrication de produits alimentaires traditionnels. Sa culture s’étend aux Etats-Unis au début du XXe siècle puis est développée au Brésil et en Argentine à partir des années 1970-80, profitant de politiques agricoles favorables. Aujourd’hui, près de 70% de la production mondiale est assurée par le Brésil et les États-Unis, principalement des cultures OGM.

Le soja est le symbole de la déforestation en Amazonie. Sa production mondiale a été multipliée par plus de 12 entre 1961 et 2023 principalement pour accompagner l’augmentation de la consommation de viande : 77% du soja cultivé dans le monde sert à nourrir les animaux d’élevage.

La production de soja est très concentrée entre des grands propriétaires (certaines exploitations les plus grandes peuvent atteindre la taille d’un département français comme les Alpes-Maritimes) et quelques entreprises de négoce et de transformation. Dès lors, son impact sur la déforestation dépend largement des politiques et exigences de ces géants agro-industriels, qui ont la possibilité de s’assurer que le soja qu’ils achètent est exempt de déforestation.

Certaines initiatives comme le moratoire sur le soja, engagement des grandes entreprises à ne plus acheté de soja issu de la déforestation, ont permis de réduire la déforestation liée au soja dans les années 2010. Malheureusement, cet accord est largement dénoncé depuis de nombreux mois et des grandes entreprises ont annoncé en sortir.

Certains labels, comme le bio, garantit que le soja utilisé pour nourrir les animaux d’élevage est non-OGM, ce qui permet de réduire le risque de déforestation. Il est également parfois précisé si le soja est français ou européen, auquel cas il ne contribue pas à la destruction des forêts.

Empreinte Forêt non calculée

Certains produits agricoles vendus dans nos rayons autres que la volaille (soja), le cacao, le café et l’huile de palme peuvent également présenter un risque de déforestation.

Il s’agit notamment des produits d’origine animale autres que la volaille (viande et produits laitiers), toujours à cause du soja, ou encore du gingembre ou de l’ananas. Leur risque de déforestation n’a pas encore été calculé.

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