A l’occasion des 15 ans d’Envol Vert, l’ensemble de l’équipe a été accueillie par Hugo Puech à Lou Claus, sa ferme expérimentale en agroforesterie.
Découvrir la ferme
Située au cœur du massif du Sidobre et du parc naturel régional du Haut-Languedoc, Lou Claus constitue un lieu exceptionnel. Jeune agriculteur, Hugo s’est reconverti au travail de la terre après avoir sauvé la propriété familiale où il s’est établi : une terre vallonnée, riche, fertile, traversée par un cours d’eau et entourée de forêt.
Dans ce petit paradis, les contraintes du terrain ont été transformées en atouts précieux.
Par exemple, d’un terrain en pente couronné de forêt, Hugo a fait sortir des terrasses et les a protégées des chevreuils, permettant la culture de fraisiers.
Aujourd’hui, ce lieu constitue un véritable amphithéâtre de verdure, parfait pour accueillir du public. Il y organise des projections de documentaires et de films engagés comme “Le Vivant qui se défend”, de Vincent Verzat, ou encore “En attendant que tout s’effondre”, de Nicolas Meyrieux.


Autre exemple : initialement persuadé que la zone très humide proche de la rivière serait un défi de taille à relever, Hugo a finalement su en tirer parti.
Il y cultive (sans exhaustivité) des pommes de terre, des fraisiers, du cassis, des myrtilles, de la groseille, et même de la caseille – un surprenant mélange entre le cassis et la groseille.
Une histoire jalonnée de partenariats clés
Lou Claus a fait partie des premières fermes accompagnées par Envol Vert dans le cadre du projet Au Pré de Mes Arbres (APMA), en 2019. Hugo était donc membre de la première promotion d’agriculteurices soutenu·es et nous confie avoir apprécié jouer les cobayes dans cette aventure collective.
“La promo APMA a été un accélérateur incroyable. On a fait les designs de nos parcelles ensemble, on visitait les fermes des copines et copains, et cela nous a permis de faire évoluer nos projets.” – Hugo Puech
Aujourd’hui, le projet APMA se clôture après avoir accompagné 110 fermes et planté plus de 27 000 arbres. Pour autant, un mouvement collectif est lancé autour de l’agroforesterie dans la région : il sera désormais relayé par le PIAF (Projet d’Initiative AgroForestière), collectif d’agriculteurices accompagné·es par Envol Vert pour prendre la relève et diffuser des pratiques agricoles durables. Le PIAF s’appuie notamment sur tous les apprentissages acquis en 7 ans de projet, et formalisés dans un livret de capitalisation.

Hugo est d’ailleurs co-président du PIAF. Très engagé, il est également vice-président du PNR du Haut Languedoc et élu à la mairie de sa commune pour la deuxième fois. Il ne s’ennuie donc pas et investit beaucoup d’énergie dans ces instances, en plus de son travail sur la ferme, car il a la conviction qu’il doit agir aussi à ces niveaux-là pour rendre possible un futur plus durable pour l’agriculture et la biodiversité de la région.
“Ce qui me motive à faire avancer les choses, ce sont les liens avec Envol Vert, les différentes communautés d’agriculteurices, et les collectifs engagés et apprenants comme Rhizobiome.” – Hugo Puech
Un modèle économique diversifié
Pour vivre de sa production, Hugo s’appuie sur ses compétences de “sa vie d’avant” dans la restauration. Il s’applique à transformer ses fruits en produits de qualité. Hugo régale toute la région : de la crème de marrons à quinze parfums de sorbet, en passant par des frites à la minute ou encore du cidre artisanal. Il s’appuie notamment sur de la vente directe mais aussi sur un réseau de restaurateurices et petit·es distributeurices tarnais. Il travaille à flux tendu et adapte sa production à la demande afin d’assurer des produits frais et éviter les stocks.
Cette gestion intelligente et prudente lui permet par ailleurs d’expérimenter de nouvelles choses en permanence.
Un laboratoire d’expérimentation
Dans le cadre de son partenariat avec Envol Vert, Hugo a pu planter une grande variété d’arbres fruitiers. L’objectif était – avec quelques années de recul – d’identifier la variété la plus adaptée à son terrain. Il expérimente également en testant diverses greffes, pratiques de taille (ou non) de ses fruitiers, ou encore modalités de gestion des ravageurs.
Son mot d’ordre est de ne jamais s’entêter dans une conviction sans avoir essayé de la mettre en œuvre.
Son dernier essai ? planter des lignes de cassissiers de façon beaucoup plus resserrée que les recommandations conventionnelles, afin de tendre vers une permaculture intensive. En effet, il peut arriver que ces recommandations n’existent que pour faciliter le passage des machines. Or, dans une agriculture moins mécanisée, la question se pose différemment.

Un projet individuel et collectif
“C’est un projet que j’ai commencé seul et qui est devenu collectif. Je m’appuie sur les apports des visiteuses et visiteurs, des volontaires en wwoofing, des agriculteurices et des associations locales.” – Hugo Puech
Avec le soutien de Rhizobiome, association spécialiste du sol, Hugo a pu pleinement utiliser les avantages de sa zone humide pour favoriser ses cultures. Il a pu doubler le rendement de ses parcelles de pommes de terre Agria en comparaison aux schémas conventionnels.
Pour l’aider, mais aussi pour transmettre, Hugo s’appuie sur des volontaires en wwoofing, système culturel et éducatif axé sur une agriculture paysanne durable. Pour Hugo, le wwoofing est un facteur clé de succès dans la réinstallation agricole. A ses côtés, les personnes volontaires mettent les mains dans la terre, parfois pour la première fois. Elles se forment, grandissent, et souvent, quelque chose se déclenche en elles. C’est le début de leur propre aventure.
Encourager l’agriculture durable et l’agroforesterie, cela passe aussi par la sensibilisation des jeunes générations. Hugo termine la visite en nous présentant une parcelle où, avec l’aide d’Envol Vert, il a pu organiser un chantier de plantation avec des jeunes de 2nde du lycée agricole de Touscayrat (81). 300 arbres de variétés différentes, issues de pépiniéristes locaux spécialisés en essences anciennes et locales, ont ainsi été plantés.

Conclusion

Les expérimentations, la preuve par l’exemple, la transmission et la participation aux réseaux du territoire…Toutes ces actions concourent à inventer le futur de l’agriculture : un modèle durable à la fois économiquement et écologiquement, qui fait preuve de pragmatisme et de créativité.
“Tout a un impact. Il faut trouver ce qui est le meilleur compromis, ce qui te correspond le mieux en termes de terrain, de modèle économique et d’impact environnemental.” – Hugo Puech





