Des caméras pièges installés sur des parcelles d’habitants de la réserve de protection Pui Pui, dans la région de Junin, au Pérou ont permis de mieux observer la faune de cet espace. En établissant une première liste d’espèces à protéger, les résidents et divers participants engagés dans cette initiative, y compris Envol Vert, ont pu dresser un premier état des lieux très éclairant.
Une méthode pour observer la faune sauvage de la réserve de protection Pui Pui à l’aide de caméras
Entre novembre 2025 et mars 2026, douze caméras-pièges installées sur trois parcelles du secteur Nueva Florida, dans la zone tampon du Bosque de Protección de Pui Pui, ont enregistré un total de 880 événements indépendants de faune sauvage. Ce suivi, mené par le SERNANP en collaboration avec l’ONG Envol Vert et l’association ACODI, dans le cadre du projet ConBosque, a représenté un effort d’échantillonnage cumulé de 1203 pièges-jours et a permis de documenter onze groupes taxonomiques, des oiseaux et rongeurs jusqu’aux félins et à l’emblématique ours à lunettes.
Les appareils ont été installés chez 3 participants, à une altitude comprise entre 1316 à 1716 mètres. Cette variation, associée à l’hétérogénéité de la couverture végétale, explique en grande partie les différences observées entre les trois secteurs : la parcelle du participant 1 a concentré 41,2 % des enregistrements, soit 362 événements, suivie par celle du participant 2 avec 35,3 %, soit 311 événements, puis celle du participant 3 avec 23,5 %, soit 207 événements.
Des résultats surprenants qui permettent de dresser la liste des espèces d’intérêts pour la conservation
Les oiseaux ont constitué le groupe le plus fréquent, avec 322 enregistrements incluant des tinamous, des colombes-perdrix et des grives, entre autres espèces typiques du sous-bois. Les rongeurs arrivent en deuxième position avec 283 événements, dominés par l’agouti-paca et l’agouti. Les procyonidés, représentés par le coati de montagne, ont totalisé 151 enregistrements et se sont distingués par leurs déplacements en groupes familiaux nombreux, un comportement social que les caméras ont pu saisir à plusieurs reprises, y compris des scènes avec des jeunes.
Au-delà des chiffres, la découverte qui a le plus enthousiasmé les équipes a été la présence de l’ours à lunettes, unique ursidé/ours d’Amérique du Sud. Il s’agit d’une espèce prioritaire du Plan de gestion 2025-2030 du Bosque de Protección de Pui Pui, et son apparition confirme que ce corridor de zone tampon continue de fonctionner comme une voie de transit et un refuge pour des espèces ayant de grands besoins d’habitat.
La liste des espèces d’intérêt pour la conservation se complète avec quatre félins sauvages, jaguar, oncille, ocelot et margay, ainsi que le jaguarondi, et avec le tamandua. Parmi les oiseaux, le pénélope de Spix se distingue par son rôle dans la dispersion des graines et la régénération de la forêt, tandis que chauves-souris et tatous ont complété la mosaïque d’espèces détectées sur les trois parcelles évaluées.
Un travail qui permet une surveillance communautaire et écologique de la zone
Ce travail n’aurait pas été possible sans la collaboration avec les familles, qui ont permis d’installer les caméras pendant plusieurs mois de travail de terrain. Leur participation illustre combien la conservation se renforce lorsqu’elle se construit avec les communautés locales, et confirme l’engagement du projet ConBosque en faveur de la protection de la biodiversité dans la zone tampon de Pui Pui.
Les résultats serviront de référence pour de futures évaluations et pour orienter des actions de gestion, de sensibilisation environnementale et de renforcement de la surveillance communautaire dans le secteur Nueva Florida, contribuant ainsi à maintenir active la fonctionnalité écologique de l’un des derniers refuges de forêt de montagne et de yunga de la Cordillère de Pui Pui.







